Le « reporter à titre privé » – Doisneau s’expose à l’Hotel de ville
Hier, il se promenait à Montrouge, aujourd’hui, il flâne dans les rues de Paris, demain, il errera dans celles de Gentilly. Clic clic clic… Il dérobe sur son passage, aux personnes croisées par hasard, des sourires, des rencontres, des baisers, des regards, des moments de leur vie en somme. Clic clic clic … Il vous fait prisonnier de sa chambre noire avant de vous délivrer au monde entier. Il se délecte du spectacle donné par ses contemporains. Il s’amuse des gags qu’ils lui offrent. Il s’empare des instants simples de la vie quotidienne.
De ses clichés émanent une atmosphère de légèreté, d’humour, de joie, de sincérité, mais aussi de tendresse et de mélancolie. Une note musicale et poétique prend vie à travers ces images d’instants volés, saisis au cours des flâneries de cet espion des quartiers populaires. Il révèle, dans sa simplicité et son honnêteté, l’existence humaine. Il dérobe discrètement à ses acteurs, tel un pickpocket, l’instantanéité de leurs émotions, les dépouillant de tout faux semblant, pour en montrer la pureté et la beauté. Il utilise son arme de prise pour rendre visible ce que l’on ne voit plus.
Le beau est partout, dans chaque chose et dans chaque être. Il faut simplement savoir attendre et ouvrir les yeux. Paris est pour lui « un spectacle où l’on paye sa place avec du temps perdu ». Ce larron d’images, à la recherche « d’une sorte de bonheur » et à l’appétit ardent, se régale en côtoyant les petites gens « du spectacle permanent et gratuit » qu’ils lui offrent, et « gloutonne (ainsi) optiquement ». Ses terrains de chasse favoris sont la banlieue et les quartiers populaires. Peut-être est-ce parce qu’il trouve dans cette misère humaine un peu de chaleur et de bonheur. Une simplicité des sentiments à l’état brute, une sincérité authentique des émotions, une source d’inspiration intarissable.
Photographier des personnes dans leur environnement naturel, alors qu’elles n’y ont pas été préparées, c’est leur ôter le masque derrière lequel elles se cachent, car « ces personnages bêtement photographiés en (disent) beaucoup plus qu’en les saisissant en pleine gesticulation ». S’il privilégie les classes populaires pour se créer son petit trésor de moments délicieux, il se délecte surtout du spectacle humain qui l’entoure et du plaisir de flâner dans les rues de Paris et sa banlieue, pour y photographier « les gestes ordinaires de gens ordinaires dans des situations ordinaires ». La vie se présente à lui comme une pièce de théâtre dont il serait bien dommage de se priver de rire. Car son intention est humble, il veut « simplement laisser le souvenir de ce petit monde qu’il aimait ». Ce charmant voleur d’image n’est autre que Robert Doisneau.
Un style authentique…
L’artiste a su fixer sur papier des instants ordinaires, éveillant en chacun de nous une émotion : humour, nostalgie, tendresse et parfois même tristesse et mélancolie. Quiconque les contemple, aussi bien d’un œil novice qu’avisé, en aura une impression personnelle, car le génie de Doisneau est d’avoir su capturer des images qui portent la marque du temps – tout en restant intemporelles – et dans lesquelles chacun peut finalement s’identifier.
Mais cette légèreté poétique et humoriste, qui semble prédominer dans chacun de ses clichés, ne serait-elle pas en fin de compte l’alibi d’une profondeur et d’une réflexion plus grave sur la société de son époque ? Doisneau nous montre à travers ses photographies des conditions de vie difficiles, où pauvreté et cruauté ont le maître mot. Bon nombre de ses images, a priori drôles et frivoles, dissimuleraient donc une vision plus dure et grinçante de la société : « l’existence n’est certes pas gaie, mais il nous reste l’humour, cette espèce de cachette où l’on jugule l’émotion ressentie ». Ainsi, l’humour serait une façon de cacher la brutalité de ce monde, une manière d’adoucir le réel. A travers ses clichés, Robert Doisneau s’est créé son petit monde bien à lui, où il ne garde que le meilleur. L’univers qu’il s’est construit est finalement « un monde où les gens seraient aimables, où (il) trouverait la tendresse qu’ (il) souhaite recevoir ». La photographie serait alors un remède contre une mélancolie liée à un réalisme attristant de notre société. Elle montrerait qu’un monde meilleur peut exister. « Au fond, il n’y à rien de plus subjectif que l’objectif, nous ne montrons pas le monde tel qu’il existe vraiment ».
… et une carrière brillante
En 1983, Robert Doisneau reçoit le Grand Prix de la photographie. Il s’éteint le 1er avril 1994 alors âgé de 82 ans, laissant derrière lui une œuvre de plus de quatre cent milles clichés. Encore aujourd’hui, il reste une référence et un pilier incontournables pour le monde de la photographie. Une exposition rassemblant ses principaux clichés sur le quartier des Halles se tiendra jusqu’au 28 avril 2012, au salon d’accueil de l’Hôtel de Ville de Paris.
Informations pratiques :
Exposition Doisneau, Paris les Halles
Salon d’accueil de la Marie de Paris
29 rue de Rivoli
75004 Paris
Tél : 01 42 76 51 53
Métro Hôtel de Ville (ligne 1)
Ouvert tous les jours de 10h à 19h, sauf dimanches et jours fériés.
Entrée gratuite






